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Dernière modification : 27/11/2020


Section IV - Chapitre 4

L'indésirable

La cité-état était par définition inatteignable pour tout joueur issu d'ailleurs. Le grand leader, sélectif depuis toujours, avait mis tous les moyens en oeuvre pour empêcher toute forme d'invasion, du moins c'était ce qui se racontait : scan UUID lors de l'entrée dans le monde, nécrose passive à chaque tick pour les non-mutants et même une immense sorte de sphère-barrière entourant toute la ville. Il va sans dire que rien de toutes ces défenses n'auraient été possibles sans l'aide d'un ou deux administrateurs.

 

Mutopia était une ville gigantesque et magnifique, octroyant à son peu d'habitants une qualité de vie extraordinaire. Cette cité du progrès aurait pu être le premier centre d'intérêt et de découverte de l'univers, rayonnante et cosmopolite, mais Mutanos en avait décidé autrement : à ses yeux, il était évident que s'ouvrir aux autres peuples était à éviter à tout prix. De quoi pouvait-il bien avoir peur, lui qui avait ravagé et défendu face à tant de peuples et tant d'ennemis. Ses silences éternels à ce sujet (et à bien d'autres d'ailleurs) laissaient place à toutes sortes de théories de tous les historiens qui, les uns après les autres, avaient commencé à conter ses mérites à qui voulait l'entendre. La majorité d'entre eux pensait qu'une telle personnalité était plus efficace à la tête d'un petit comité qu'aux commandes d'une grande nation. Il savait que l'on dirige plus aisément dix guerriers que cent ; moins de guerriers à diriger, à surveiller et surtout, un risque plus bas de révoltes, événements dont la cité n'avait vraiment pas besoin.

 

L'attrait à la puissance, à la recherche et à la découverte de soi. Si l'on ajoute à ces éléments la qualité de vie et la volonté de voir de ses yeux un fantastique lieu fait de magie, on obtient cinq raisons, plus que valables d'aspirer à faire partie des leurs... Mais une telle opportunité est proche de l'irréel tant les pré-requis sont gigantesques. Une puissance de combat et d'esprit, un instinct de débrouillardise et une profonde aspiration à la progression constante ne sont que de basiques étapes presque évidentes à franchir. Mutopia se voulait être un refuge pour les meilleurs guerriers assoifés de connaissance : un rempart contre l'oisiveté, la lassitude et la folie.
Loin de toutes ces réalités, évoluait peu à peu la circonscription du 13ème Administrateur. Ce petit univers, jeune et paisible, avait été écarté du reste de l'univers, depuis sa création. C'était là la volonté du gérant suprême que de protéger les meilleurs éléments d'une éventuelle tentation à rejoindre ceux qui étaient peints comme étant les ennemis de la paix. La voie de l'Administrateur était celle de la passivité. Vivre et s'amuser dans un monde, tout en cherchant une partie de soi, au travers une multitude d'épreuves et de quêtes.

Mais pour ceux qui vivaient hors de ce territoire, cette voie était celle du Confinement des joueurs, dans des mondes délimités bien précis, peut-être même trop. Impossible pour quiconque de quitter les bandes délimitantes fixées par cet être aux desseins si complexes. Certains joueurs, partisans du 13ème Administrateur depuis de longs mois avaient pris conscience qu'il existait une vie et moults endroits à découvrir par delà le serveur de Remi. Aussi, ils commençèrent à se sentir mis à l'écart voire même emprisonnés. Des lieux fantastiques et inconnus qui étaient à leur portée mais dont un seul être leur en refusait l'accès.
L'Administrateur savait tout cela, mais comme tous les autres, maintenait ses convictions, aussi dures que l'était sa volonté. Quoi qu'il en soit, tous ceux qui prétendaient le connaître n'étaient pas dupes ; pour eux cela ne faisait aucun doute qu'il préparait quelque chose de terrible avec toutes ces jeunes recrues : destiner les meilleurs éléments lumiens à faire partie de sa grande armée, pour rivaliser avec ses collègues, lorsque le moment arriverait.

 

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- Deemsos, tu me gonfles, je vais rentrer sans toi, que tu es lent...
- Va moins vite, t'es plus légère que moi...
On pouvait voir la cité-etat resplendissante, depuis la colline où progressaient deux individus louches qui ressemblaient beaucoup à des mutants. Tandis que l'une volait à toute allure droit devant elle, l'autre examinait le ciel, l'herbe et les cascades.

Celle qui était en tête de peloton semblait plus qu'agacée.
- Tu sais, une patrouille n'a rien d'une course. C'est genre une mission où tu montes la garde, tu examines, tu cherches à comprendre et...
- Lâche-moi, je sais ce que c'est. Mais tout cela ne m'amuse plus... Pourquoi est-ce qu'on doit patrouiller à Mutopia alors que les chefs sont censés être omniscients ?
- Je ne sais pas, peut-être parce qu'ils vieillissent.
- Ce sera répété et déformé
, rit Learnia.
Les deux mutants contournaient par la gauche l'immense gouffre dans lequel flottait la cité au loin. Ils se trouvaient à l'extérieur de la sphère barrière qu'ils pouvaient tout de même voir, n'étant pas tout à fait transparente. Ils continuèrent et arrivèrent devant un immense château, à la lisière de la sphère.
- Ca fait combien de temps que la poussière n'a pas été faite là-dedans ?
- Je suis allé surveiller le générateur la semaine dernière, mais j'ai pas fait la poussière.
Learnia rit. 
- Désolée, je me suis laissée influencer par ma jumelle maléfique...
Le mutant soupira et alors qu'il se préparait à reprendre sa marche, un événement interrompit son pas . Des particules grises se mirent à apparaître près d'eux et alors qu'elles prenaient la forme d'un corps, un individu en sortit et fit face aux deux patrouilleurs, d'un éclat sombre et grisâtre. Il s'adressa à eux.
- Salutations les guerriers, vous l'avez senti aussi ? Scari m'a envoyé voir ce que c'était.
Deemsos et Learnia semblèrent surpris.
- De quoi tu causes ?
- Vous discutiez où vous patrouilliez ?
se moqua l'individu. N'avez-vous pas ressenti cette puanteur, cette intrusion ? Scari a dit que c'était juste à l'entrée du château, allons-y.
Les patrouilleurs se regardèrent d'un air interrogateur et suivirent le mystérieux annonciateur sans broncher. Ce dernier semblait plus calme et plus détendu, comme à son habitude. Ce nouvel arrivant était bien connu de tout l'univers pour toujours transporter des feuilles de papier avec lui. Là encore, il en avait un, mais cette fois, cela ressemblait davantage à une carte, qu'il ne quittait pas des yeux.
- Ici.
Deemsos et Learnia poussèrent alors, de façon synchronisée, un cri d'effroi notable.
- C'est... C'est... un...
- Oui, mes chers patrouilleurs. C'est un joueur !

 

Les patrouilleurs se trouvaient dans la petite cour du château au moins aussi ancien que toute la cité. Par pure nostalgie, Mutanos l'avait fait restaurer et préserver depuis. En ce jour si particulier, une entité de joueur y était apparu. Deemsos et Learnia en restèrent bouche bée.
- C'est... impossible... répétaient-ils.

Le joueur en question était debout, mais inerte, absent et silencieux.
- Comment ce truc est arrivé là, demanda Learnia
- Qui sait... Je pense qu'un certain administrateur l'y a aidé. En tout cas, il n'a pas dû apprécier le voyage, on dirait qu'il en a perdu sa langue.
Deemsos qui n'en revenait toujours pas balbutia.
- Mais c'est pas possible... Tous les joueurs étrangers à Mutopia sont réduits en miettes à l'entrée et à la persistance... Mutanos le sait ?
- Hé hé, n'oublie pas qu'il sait tout à l'avance. Alors Mutanos, verdict ?


Une voix retentit alors dans l'air portée par le vent magique qui circulait dans le monde.
"Amenez-moi ce joueur. Je vous en dirai plus une fois que je l'aurai vu".
Learnia soupira.
- Je ne touche pas à ce truc, je vais me salir. Prends-le Deemsos, tu es déjà sale de base.
- Répète ça pour voir.

Xordos haussa les épaules et tout en conservant son sourire malicieux, se saisit du joueur qu'il amena doucement à son dos, et se dirigea vers la cité-état. Les deux patrouilleurs, plus qu'intrigués, abandonnèrent exceptionnellement leur patrouille pour le suivre.
"Learnia, Deemsos, vous plaisantez n'est-ce pas ? Finissez votre patrouille."
- Okay scari.

 


Habituellement, lorsqu'un mutant rentre au bercail, il se téléporte directement en plein coeur du château flottant au-dessus de la ville, dans une sorte de baie prévue à cet effet. Ce processus de fin de mission est appelé RAZ par les fidèles ou "Remise à Zéro", Zéro étant l'une des appelations de cet immense bastion.
Il est toutefois impossible, pour des raisons de sécurité, de s'y téléporter directement à plusieurs. Xordos dut donc marcher, mais le fit de gaieté de coeur ; cela lui permettait d'une part de patrouiller et d'autre part d'admirer la superbe infrastructure de la ville. Il arriva à l'une des portes de la ville et s'identifia pour pouvoir rentrer. Une fois à l'intérieur, de longs couloirs se dévoilèrent à lui avant qu'il puisse accéder à la baie intérieure, où tous pouvaient admirer les jardins, les structures et surtout au beau milieu le château immaculé de blanc, flottant au-dessus du grand fossé. Le paysage était dominant, invraisemblable pour les nombreux vivants étant habitués aux éternelles plaines et biomes traditionnels... Mais un silence de plomb le dominait. Xordos contourna alors l'immense fossé par la droite. Quand soudain...
- Halte ! J'ai trouvé les deux intrus qui tentent d'envahir la ville. Si vous voulez vous emparer de Mutopia, il faudra d'abord me fracturer.
Xordos rit.
- Regarde un peu ça Lyos. Un joueur de bonne famille, trouvé devant le manoir. Et mon instinct me dit que c'est ce cher Remi qui nous l'envoie.
Lyos se posa devant lui et le palpa prudemment.
- Ouais, chalou m'en a parlé. Les lumiens débarquent enfin à Mutopia, ça promet franchement d'être amusant.
- Ho ho, j'en connais que ça rendra moins enthousiaste que toi. En tout cas je l'amène au chef pour qu'il nous l'examine et nous dise où est-ce qu'on doit le renvoyer.
- Moi, j'aurais confié ça au savant fou pour qu'il puisse fabriquer plein de petits joujous, pas toi ?
- Pour l'instant Mutanos, et après on verra... Aaah, ne peuvent-ils pas nous laisser un peu tranquille ?

Les deux mutaniens plaisantèrent ensemble un moment puis Xordos reprit sa marche.
 

La cité était très spacieuse et comportait de nombreux couloirs et bâtiments mais quelquefois, on pouvait trouver de grands parcs où se ressourcer. Xordos en traversa quelques uns en alternant parc et bâtiment et accéda finalement au dernier couloir menant au portail vers la forteresse blanche, surplombant toute la ville. De ce portail, au même instant, sortait tout juste un autre mutant, qui regardait le château distraitement. Il émanait de ce dernier une aura légèrement plus sombre que sur tous les autres ; il tenait un livre et ne prit pas la peine de regarder ni de saluer Xordos lorqu'il l'entendit approcher.
Mais lui le fit quand même.
- Salutations ! Comment ça s'est passé avec nos amis hier ?
Toujours sans le regarder, le mystérieux mutant répondit.
- Tout s'est passé comme prévu. Ils ont combattu l'image à travers toute la province et lorsqu'elle a été vaincue, j'ai demandé à chalou50 de détruire la tour du village... Ainsi, ils ont tous été réinitialisés.
- Les pauvres... Mais ils finiront par apprendre de leurs erreurs, pas vrai ?

Le mutant eut un rire jaune.
- Pas avec cet Administrateur qui les confine comme des bêtes de cour. C'est lorsqu'ils se libèreront de leurs chaînes qu'ils apprendront réellement.
- Peut-être bien... Quelle est la suite des événements prévus ?
- Je reste à Tormine jusqu'à mon délogement ou nouvel ordre. Je dois collecter encore une grande partie de souffre afin de donner vie à cette forme dont je te parlais l'autre jour.
- Je vois. Où en est la génération de monsieur Je-Fais-Tout-Tout-Seul ?
- Il me semble qu'il en ait au canyon. J'ai encore beaucoup de temps.

Xordos se tut un instant puis :
- Tu as vraiment beaucoup de chance, Orr. Pouvoir collecter toute cette énergie et pouvoir évaluer tous ces jeunes joueurs... C'est vraiment un rôle où tu ne dois jamais cesser d'apprendre, comme je t'envie...
Orr sourit et conclut avant de disparaître :
- N'oublie pas à qui sert toute cette puissance...

Xordos reprit son chemin et parvient finalement dans la forteresse. A partir d'ici, le décor avait complètement changé par rapport à en bas. C'était toujours très spacieux mais très éclairé et très blanc. Il marcha quelques temps puis atteignit l'ascenceur central qui l'amena directement dans les quartiers administratifs ; enfin, quelques minutes plus tard, il atteignit finalement la grande salle du Conseil, là où Mutanos et scari27 l'attendaient. 12 piliers de bedrock, entreposés en cercle, dans un grand espace blanc, au-dessus d'un vide indescriptible, fait de magie et d'illusions. La salle n'avait pas de sol et forçait donc tous les visiteurs à user de lévitation. Lorsque l'un d'eux se déplaçait dans cette salle spéciale, un léger bruit de vent en émanait de son corps, comme pour donner une sorte de prestance sonore, en plus de la beauté visuelle de ces individus, à ceux qui prenaient la parole. Xordos entra et toujours transportant le joueur sur ses fines épaules se plaça au beau milieu de la salle montra le joueur qui n'avait toujours pas montré signe de vie, malgré la longue durée du chemin parcouru. Mutanos se maintenait au-dessus de son bloc et l'examina sans bouger, un court instant juste du regard.
Lorsqu'il eut fini, il se tourna vers scari27 et lui demanda de rassembler tous les membres mutaniens immédiatement. Un conseil exceptionnel s'apprêtait à avoir lieu à Mutopia aujourd'hui.

 

 

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